L’étude

L’étude consistait à copier les modèles des anciens maîtres, depuis les jiaguwen (premières écritures sur os de bovidés et carapaces de tortues pour la divination à partir du 17ème siecle avant J.C) jusqu’aux maîtres du début du 20ème. Ceci pas dans l’ordre chronologique, mais dans un projet pédagogique autour des styles, de la qualité du trait et de l’esprit créateur à l’oeuvre dans le modèle.

Ce qui implique d’étudier la grande et la petite sigillaire, l’écriture lapidaire (ou chancellerie), la régulière, la cursive et la cursive d’herbe (ou cursive folle), dans les styles des stèles et des autographes des grands maîtres de l’histoire de l’écriture.

Dans la copie, on cherche à suivre fidèlement, pour acquérir la technique du pinceau et de l’encre : Capter l’élan, et se mettre en relation avec l’esprit du modèle. C’est dans l’imitation fidèle que l’on comprend les appuis, la dynamique des courbes et les angles qui font l’énergie spécifique de l’oeuvre, restituent son esprit. Répéter sans cesse, chercher la précision. Ecouter avec le coeur. Ouvrir et délier.

Comme en taijiquan, suivre demande à s’oublier, se couler dans l’autre, millimètre par millimètre, sans craindre de se perdre, car risquer de se perdre en se faisant vide et réceptif, c’est aussi risquer de trouver sous la surface, et quand on s’est perdu -combien de fois- on peut se retrouver. Renouvelé. Copier est un gouffre sans fin d’expériences, de pratique pure, d’écoute fine et de réceptivité. L’attention, dans toujours plus de finesse, est la clé. Sans cette qualité d’attention, on est dans une répétition mécanique, qui peut mener à la virtuosité stérile. Avec cette qualité d’attention, on peut aller jusqu’au dépassement de soi et de la technique vers quelque chose de beaucoup plus libre, de beaucoup plus vaste que soi-même... Les liens avec le taijiquan et le qigong sont clairs, c’est dans l’écoute bienveillante d’une énergie qui coule de source, qu’une évidence nourrit profondément.

Nous avions des cours pratiques tous les matins, en sessions de 2, 3, 4, 5 semaines, avec un professeur, et un modèle dans un style. Et puis, l’année du diplôme, il a fallu aborder la question de la création, dans un style traditionnel.

Le passage de la copie à la création traditionnelle n’est pas une mince affaire... Contre toute attente, et les vieilles habitudes de création style "lâcher le cheval sauvage” revennaient au galop... Alors, il a fallu à nouveau lâcher l’ancien, et accepter de faire le passage pas à pas, lentement , et comprendre la méthode pour élaborer une création traditionnelle...

Et puis, il y avait les cours théoriques : histoire de la calligraphie, de la peinture, des sceaux, esthétique (théorie de l’art, qui naît en chine à partir du 2ème siecle ), chinois classique, anciens caractères, archéologie, mais aussi histoire de l’art occidental, littérature chinoise et occidentale, matières du tronc commun à toutes les spécialités...